La revanche de Sakho ?
Longtemps annoncé sur le départ, Lamine Sakho pourrait être l'une des bonnes surprises de l'été. Affûté et convaincant durant les matches amicaux, le joueur n'a jamais semblé aussi près, à Saint-Étienne, d'apercevoir le bout du tunnel...
« ELIE BAUP M'A PRIS POUR UN C... »
Il faut remonté au 19 Novembre denier, à Monaco, pour voir Lamine Sakho fouler une pelouse de Ligue 1 (avant ASSE - Sochaux) ! Depuis, plus rien. La traversée du désert. A l'image de son parcourt dans le Forez. Recruté en janvier 2005 en provenance de l'Olympique de Marseille, le joueur n'à effectué à ce jour que dix-sept apparitions (1but). L'an dernier, Elie Baup ne l'a utilisé qu'à huit reprises (3 titularisations). C'est peu. Très peu même. Trop peu en tout cas pour un joueur annoncé il y a dix-huit mois comme un renfort, avant d'être qualifié, quelques mois plus tard d'erreur, de casting. Constamment freiné par les blessures, barré par la concurrence, Lamine Sakho a déçu. Et ce, en dépit de quelques entrées en jeu prometteuses. « Il ne sert a rien de ce raconter des histoires. C'est un échec pour les deux parties », déclarait Roland Romeyer dans notre édition du 8 février 2006. Deux mois plus tôt, un bon de sortie avait été accordé à l'ancien Marseillais, lequel était allé faire deux essais à Bolton et sunderland. Sans résultats. « Cela s'était bien passé là-bas, mais j'ai finalement refusé de signer car ma femme devait accoucher », explique aujourd'hui l'attaquant stéphanois. Resté dans le Forez, il ne faisait aucun doute cependant que le joueur allait faire ses valises en juin ; Et pourtant... « N'ayant quasiment pas joué depuis un an, je n'ai pas eu beaucoup d'opportunité si ce n'est à Dubaï. Mais je n'ai pas donné suite ? Et puis je me sens mieux ici. Pas mal de chose ont changé... ». Allusion est faite au départ de l'entraîneur à la casquette. « La saison dernière, Elie Baup m'a pris pour un con (sic). Il m'a dit qu'il m'avait donné ma chance. C'est faux ! Lors de ma première titularisation contre Lille (9é journée), j'avais fait un bon match. La semaine suivant face au Mans, j'avais du malheureusement sortir à la mi-temps car j'était malade. A partir de là, il ma écarté sans raison ». Malgré quelques bouts de match, Sakho ne fera plus partie des plans de l'ancien coach stéphanois. Un technicien avec lequel le courant n'est manifestement pas passé. Mais alors pas du tout...
« Un jour, je crois que c'était le lendemain d'une défaite, il est entré dans le vestiaire et a dit qu'il allait briser la carrière de certains (sic). De tel propos, même sous le coup de la colère, c'est grave. C'était pour faire mal. Je savais que je faisais partie des joueurs visés. Toujours les mêmes. De toute façon avec lui, il n'y avait pas de concurrence. Le groupe était scindé en deux. De l'extérieur, personne ne s'en rendait compte, mais l'ambiance était beaucoup moins bonne qu'on voulait le faire croire. Certains, comme moi, étaient dégoûtés. D'ailleurs, j'ai fini par lâcher mentalement ». Avec l'arrivé de Hasek, l'attaquant stéphanois a repris du poil de la bête. Certes ses tests physiques faisaient partie des plus mauvais à la reprise. Mais le joueur, enfin épargné par les blessures, a réussi à combler une partie de son retard. Il s'est même montré convaincant dans les matchs amicaux, signant notamment un doublé contre Croix de Savoie. Est-ce le signe d'un nouveau départ ? « Je n'ai qu'un objectif aujourd'hui prendre du plaisir. Ivan Hasek connaît mes qualités. Il ne comprend pas pourquoi j'ai si peu joué l'an dernier. Et puis ses méthodes sont différentes. Il m'a redonné l'envie de m'entraîner, de travailler ». A bientôt 29 ans, le natif de Louga espère aussi relancer une carrière en perte de vitesse. Formé à Nîmes Olympique où il effectue ses débuts en Ligue 2 en 1997, c'est avec le RC Lens que Lamine Sakho découvre l'élite. Il a 22 ans. Ses performances lui valent de rejoindre l'OM deux ans et demi plus tard. La première année, Alain Perrin lui fait confiance. Mais avec les arrivées de Drogba, Meriem, Marlet et Mido, le franco-Sénégalais fait l'objet d'un prêt à Leeds United. Le début du cauchemar. Après une première moitié de saison correcte, le clash survient durant l'hiver lorsqu'il se rend à la Can contre l'avis de son entraîneur. A son retour, il est relégué en équipe réserve et c'est au cours d'un match face à l'équipe B de Liverpool, en avril 2004, que Lamine est victime d'une rupture des ligaments croisés du genou dans un choc avec le gardien de but adverse. Revenu dans la cité phocéenne, il ne fera son retour à la compétition qu'en janvier 2005...quelques jours avant de rejoindre le Forez. A l'époque, beaucoup s'étonne de voir un joueur absent des terrains depuis neuf mois signer un contrat de trois ans et demi à l'ASSE ! Plus tard, Bernard Caïazzo confiera : « Elie Baup s'était renseigné auprès de Fabien Barthez. Damien Comolli s'était déplacé quant à lui à Marseille pour le voir jouer à l'entraînement. Tous les indices étaient positifs... » Tous sauf ceux de Guy Duùmonteil, le Médecin du club, pour lequel l'attaquant marseillais n'était « pas apte physiquement à jouer au haut niveau, en raison notamment d'un déficit musculaire à une jambe, celle-là même qui a été blessé et manifestement mal suivie ». Un programme spécifique sur six semaine lui est alors concocté. Malgré cela, Sakho connaîtra des problèmes musculaires récurrents. « C'est un joueur qui présente une fragilité chronique », explique à l'époque le « doc » de l'ASSE. « Nous lui avons fait passer toute une batterie de testes mais on a rien trouvé. A mon avis, il y a un facteur mental derrière tout ça, lié sans doute au traumatisme provoqué par ses anciennes blessures ». Des blessure physique, certes, mais aussi morales, que l'on pourrait définir comme des cicatrices de l'existence (voir encadré). Un « vécu » qui explique en partie le caractère sensible, réservé, mais aussi attachant de Lamine Sakho. Toujours est il que depuis le début de l'été, le joueur apparaît sur une pente ascendante. Au point d'être considéré comme « recrue » pour l'ASSE version 2006-2007 ? « Ce serait fabuleux de pouvoir montrer enfin ce que je sais faire au public stéphanois. Pour l'instan, celui-ci est déçu et je le comprends. Mais je me sens de mieux en mieux, prêt à jouer, que ce soit à gauche ou dans l'axe comme deuxième attaquant. Je pense avoir accroché le bon wagon. A moi de ne pas le lâcher. Et puis je veux montrer à Elie Baup qu'il s'est trompé... »
Le Foot Saint-Etienne aout-septembre 2006